|
|
| |
L'interview exclusive de Jean Le Bitoux à IBNews Après avoir créé Gai Pied, vous en avez claqué la porte il y a 20 ans. Depuis, des méchantes rumeurs vous ont dit «ruiné», «isolé» et même mort...
J’ai en effet démissionné de Gai Pied en 1983 avec une trentaine de journalistes. Cette démission m’a empêché de m’inscrire au chômage. S’en sont suivies des années de misère au cours desquelles j’ai également appris ma séropositivité. J’ai ensuite rejoint Aides puis Arcat-Sida qui m’a confié la rédaction en chef du Journal du Sida. Je n’ai pas pour autant cessé de militer aux cotés du mouvement homosexuel, étant de ceux qui, entre 1988 et 1998, ont reconstruit la Gay Pride parisienne sur des bases politiques et non plus commerciales. Je suis également l’un des co-fondateurs du Centre gai et Lesbien (CGL) de Paris. J’ai également aidé à rédiger les souvenirs de Pierre Seel, le seul Français à témoigner de sa déportation pour homosexualité. J’ai plus récemment fait paraître un ouvrage historique sur la déportation, ‘Les oubliés de la mémoire’ et participé à 2 dictionnaires à sortir en mai, celui de Didier Eribon et celui de Louis-Georges Tin [...]. A la même période, je sors un ouvrage qui raconte conjointement ma longue vie militante et l’émancipation des homosexuels et des lesbiennes durant ces 30 dernières années. Je n’ai donc pas disparu, même si régulièrement, on m’annonce mort...
Votre projet de Centre d’archives et de documentation homosexuelles (CADH) a bénéficié du vote d’une subvention de 100.000 euros par le Conseil de Paris. Etes-vous reconnaissant à Bertrand Delanoë pour cette résurrection?
Il est vrai que nous en avons peu parlé, notamment lors des Universités d’été de Marseille... Mais je voulais d’abord être sûr que ce projet était sur les rails... Il a 4 axes: les archives pour les chercheurs; un large service de documentation pour les jeunes générations, les journalistes et toute personne qui souhaite se renseigner sur l’histoire de l’homosexualité en France au 20e siècle; également une grande bibliothèque culturelle et –nous l’espérons- un espace d’exploitation qui puisse servir d’auditorium. Enfin, un très important site Internet.
Des voix ont critiqué le peu de place qui serait fait aux lesbiennes dans ce projet. La municipalité, au travers de Christophe Girard, a été la plus fortement attaquée, mais vous n’avez pas été épargné non plus. Comment avez-vous vécu cette polémique?
Avec beaucoup d’amertume. Les critiques étaient injustes et les chiffres avancés étaient erronés. On était entre la démagogie et la désinformation. J’en suis d’autant plus étonné qu’il y a quelques années Marie-Hélène Bourcier et Marie-Jo Bonnet avaient écrit dans des journaux que je dirigeais... Mais je ne confonds pas les lesbiennes et les lesbiennes radicales. Nous travaillons depuis des mois avec des lesbiennes qui sont enseignantes, journalistes, photographes, historiennes, psychothérapeutes ou écrivaines disposant d’archives ou de temps à consacrer à ce projet. Elles font partie depuis le début de nos nombreux groupes de travail.
Au-delà de cette querelle de clocher, on vous reproche une méthode: manque de concertation, absence, voire rétention d’information. Etes-vous en mesure de rassurer le public?
Quant à notre «manque de concertation», il ne nous a pas empêché d’avoir déjà rencontré les présidentes du PASST, de la Coordination lesbienne nationale ou de l’association transgenre Caritig. Le contact a été positif. Je remercie par ailleurs le soutien renouvelé de l’Hôtel de Ville ainsi que celui de l’Inter-LGBT [la Gay Pride parisienne, ndlr] et les journalistes des magazines Illico et Têtu pour leur lucidité tout au long de cette campagne d’intoxication dont je n’ai toujours pas compris le but.
Durant l’été, il y avait eu l’épisode des archives de Gai Pied, qui trouvaient un nouveau propriétaire. Ce dernier, le site Gayvox, semble avoir été froissé que vous déclariez qu’il devrait vous les céder pour un euro symbolique...
Je sais. C’est une regrettable erreur d’interprétation du journaliste de Têtu. C’est un article épouvantable. J’ai écrit immédiatement au rédacteur en chef de ce mensuel pour lui signaler les graves erreurs dont l’article était truffé. Comment également raconter que je n’aurais pas d’archives ? 80.000 documents attendent que je les cède au Centre. Sur l’histoire falsifiée de Gai Pied, mon ami historien Chevaux qui écrit un livre sur ce journal a de son côté envoyé 5 pages de rectificatifs [...]. Un très sobre erratum a été publié le mois suivant. Je regrette de ne pas avoir envoyé le double de ces courriers à Gayvox, qui a dû légitimement s’offusquer de cette assertion alors que nous avions eu une première rencontre des plus sympathiques, discutant ensemble de ce fonds historique.
D’ailleurs, pourquoi cet intérêt pour des archives papier, alors que vous décrivez le portail Internet du CADH comme un de ses «piliers»? En ce qui concerne Gai Pied, pourquoi ne pas plutôt poursuivre l’archivage informatique, déjà bien entamé?
Nous ne privilégions absolument pas l’un par rapport à l’autre. Je pense même que le site va absorber la moitié de l’énergie du Centre car il faut que, depuis chez soi, on puisse accéder aux documents essentiels de cette histoire que nous aurons pu collationner. Nous pensons également créer des passerelles avec les principaux sites d’archives : Berlin, Amsterdam, San Francisco, Los Angeles, Amsterdam...
Que pensez-vous du projet de l’Académie gay et lesbienne? S’il se concrétise, ça fera 2 centres d’archives à Paris. Au moment où l’on reparle de décentralisation, pourquoi ne pas avoir proposé votre CADH à des villes en régions?
Des échanges et des partenariats seront également –je l’espère- signés avec les archives régionales gays déjà existantes, comme à Lyon, Lille, Marseille [?] ou Rennes.
Votre planning annonce que vous auriez déjà du dépasser la «préfiguration active» du projet. Quelles en sont les prochaines étapes?
Nous allons intégrer dans les quelques semaines un local de travail pour tout le travail de préfiguration. Nous allons également faire l’état des lieux des dons déjà acquis, dont l’importance est telle que nous cherchons en urgence un entrepôt bénéficiant de toutes les garanties de conservation. Nous ferons peut-être bientôt une exposition de ces premiers dons et legs. Les grands axes de la bibliothèque commencent à se définir avec une commission paritaire. Une vingtaine d’internautes et de documentalistes étudient la logique de nos méthodologies. Nous poursuivons nos négociations en direction des collectivités territoriales, des dons et legs futurs, et du mécénat privé. Car nous souhaitons un très grand Centre qui soit celui de toutes et tous et qui devrait ouvrir en 2004.
© IBnews, mars 2003. Tous droits réservés.
|
|
|
|
| |