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Plus de 88 livres pour mai 68 !
Et un, rarement en vitrine des librairies. Parce qu’il n’est pas considéré d’actualité, et sûrement pas dans la mouvance. Et pourtant, c’est peut-être l’un des plus honnêtes, des plus violemment critique, intelligent, argumenté.
Avec ce livre de Guy Hocquenghem (G. H.), vous pigerez tous les reniements de nos penseurs patentés, repentis, grassement vendus sur l’étal du retournement généralisé des valeurs de la génération fêtée.
Dans sa « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » Hocquenghem raconte, écrits, articles, notes et dates à l’appui, comment la populace s’est fait rouler dans la farine des idées frelatées et des positions intellectuelles arcboutées sur les principes du réalisme qui nous soumet. Ro-bo-ra-tif !!!! C’est frais. C’est jeune. C’est gai.
Au chapitre de « l’idéologie pratique », G. H. n’y va pas par quatre chemins : « Dans la mise à plat des espérances, l’esthétisme à quatre sous remplace fort bien l’art engagé ».
Quand il s’adresse « Aux ex-officiers de bouche de la gauche » il les interpelle comme des « spécialistes de la poudre aux yeux sous forme de rapports interminables, aussitôt oubliés que parus ». Cette justesse, cette acuité nous avait tous effleuré, mais la vitesse du quotidien, le notre à nous, petit peuple malmené que nous sommes, nous avait empêché de mettre en mot et donc en pensée réalisée (dans les urnes ?). G. H. nous rend ce service, et nous épaule pour y voir un peu plus clair. Le pari est réussi.
Publié chez Albin Michel en 1986, les éditions Agone l’ont ressorti en 2003. À l’heure où chacun des « héros » de la génération 68 se gausse d’imprimer leurs petits opuscules, que les tenants du social-autoritarisme à la Chevènement (dixit G. H. p. 112) nous font croire qu’il y a du rêve là derrière, cette « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » nous aide à faire le trie. G. H. vilipende comme il se doit le culot avec lequel sont proférées à tour de bras de média des affirmations parfaitement contradictoires, avec le bagout du BOF. Exemple : La répression, c’est la liberté. Ou : Donner la parole aux élèves, c’est les opprimer. Et de conclure : « La liberté, c’est l’oppression. Vous me le copierez cent fois. Plus c’est absurde, plus vous le copierez. » Inutile de précisez que les Glucksman, BHL, Goupil, Plenel, même Kouchner et autres Serge July on très largement, selon G. H., participé à l’entreprise de décervellement en échange de reconnaissances et de prébendes.
Ce qui frappe dans ce livre, c’est l’indépendance de ton. On ne cite plus personne aujourd’hui par peur des procès et menaces bien réelles. Les petits puissants, ceux qui ont de l’entregent et du réseau ne se gênent plus pour oser réclamer de faire taire. Vous ne me croyez pas ? Même un média de notre modeste taille s’est vu inviter à déjeuner dès qu’on a effleuré la très sélecte mairie de Paris. Comme s’il suffisait d’être pd pour se permettre et rêver d’obtenir… La prochaine fois, avec un chèque… et un peu de chance…
Lionel DUROI pour Gayvox .com
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